Attitude bienveillante de soin et démence

Face aux troubles de la conscience, il est indispensable que le soignant change son regard sur lui-même et les potentiels cachés du soigné.

Dans l’agitation de son travail fait de multiples demandes et de la nature continuellement changeante des troubles confusionnels, le soignant s’oublie. Voulant tout faire, bien faire et donner le meilleur de lui-même, il omet d’être présent à ses propres besoins. Il peut aller jusqu’à se faire violence, devenant alors involontairement maltraitant envers lui-même. Dans une danse interactive inévitable, l’agitation qui affecte le soignant va affecter le soigné. Et la machine relationnelle s’emballe.

Des pratiques courtes d’ancrage, simples et facilement reproductibles, permettent au soignant de réguler son stress, de regrouper son attention pour évaluer clairement la situation, sans jugement, et mieux comprendre les enjeux et les potentiels d’une situation qui se complique.

Le personnel de l’EMS La Grande Fontaine à Bex, est formé à la Présence attentive comme attitude bienveillante de soin, depuis plusieurs années. Les résultats en sont que les restitutions lors des colloques sont plus riches, plus interactives, renforçant l’interdisciplinarité; chacun se sent plus libre d’apporter son éclairage pour soutenir des projets de vie en adéquation avec la situation du moment. Les équipes se sentent plus compétentes face aux comportements et aux besoins complexes des personnes qu’elles prennent en soin. Une ambiance bienveillante est ressentie dans l’établissement et nommé par les familles.

Pour réussir, l’équipe a su oser prendre de ce temps qui semblait tant manquer pour se poser dans la réalité au lieu de rester enfermée dans les automatismes qui amènent à la résistance. Au final, elle y a trouvé un gain de temps non négligeable.

Lors d’une supervision de terrain, nous avons accompagné en Présence attentive, un résident souffrant d’une maladie type Alzheimer et décrit au colloque comme violent, tapant, pinçant et griffant les aides lors de la toilette et des transferts.

Tout d’abord, la mise en place d’une présence stable, claire et empathique permit à l’équipe soignante de se mettre rapidement en lien avec le résident et d’établir un espace de confiance dans lequel elle identifia les ressentis entre réalité et confusion. Progressivement, le résident se redressa spontanément dans son lit. Naturellement, l’équipe s’adapta à ses besoins, accueillant même la probabilité de ne pas entreprendre tous les soins planifiés, en accord avec la philosophie de l’établissement, mais de trouver d’autres solutions en co-création avec le résident. Rapidement, une relation verbale plus fluide que d’ordinaire s’établit. A la grande surprise de l’équipe le résident donna des informations, certes succinctes, mais claires sur son vécu et ses besoins dans la toilette comme dans le transfert avec un verticalisateur. Non seulement, il n’y eut aucun accès de violence, mais le résident remercia l’équipe une fois installé dans sa chaise.

Le feedback de l’équipe était la joie retrouvée à être en relation avec le patient sans contrainte d’objectif précis, mais plutôt dans une intention: faire avec le résident et ses capacités du moment. Elle transmit son apprentissage aux autres membres de l’équipe qui adaptèrent leur attitude de soin.